AMP Saumon de France lance la production urbaine de saumons et truites

 AMP Saumon de France lance la production urbaine de saumons et truites. L’article ci-dessous a été publié par  Gwenael Bourdon G.B. sur le site internet du Parisien  le 4 octobre 2016.

Et si on élevait du saumon en pleine banlieue ?

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Achètera-t-on un jour du saumon élevé à Aubervilliers ? L’idée peut sembler farfelue et pourtant… Elle pourrait prendre forme du côté du Parc des portes de Paris (ex-EMGP), à cheval sur Saint-Denis et Aubervilliers, à deux pas de la porte de la Chapelle. Ici, les entrepôts de briques côtoient les studios de télévision et les immeubles de bureaux modernes. Pas exactement l’endroit où l’on songerait à implanter des bassins d’élevage.
Le groupe Icade, propriétaire du parc, a lancé deux études pour créer sur son site une « ferme aquaponique ». En d’autres termes, une ferme qui allie l’élevage de poissons d’eau douce et des cultures végétales (lire ci-contre). « Si on y arrive, ce sera une première », prédit Olivier Guillouet, directeur de l’aménagement chez Icade. Car les rares exploitations de ce type en France ont toutes poussé à la campagne. Jamais en ville, où l’espace est compté.
Il n’existe pas encore de plan ou d’esquisse. Mais Olivier Guillouet évoque une structure « hors sol », « montable et démontable », qui pourrait s’installer en pied d’immeuble. « L’idée, c’est que cette agriculture s’adapte à l’évolution urbaine, qu’elle ne bloque pas l’aménagement d’un terrain. »
Pour travailler sur le projet, Icade s’est associé à des experts, la société Aquaponic Management Project (AMP), qui a créé en quatre ans trois exploitations aquacoles en France. Les saumons et truites de sa ferme marine à Cherbourg ont les faveurs des chefs Joël Robuchon et Thierry Marx. Des poissons nourris sans OGM, et dans de tout autres conditions que les élevages traditionnels : « A Aubervilliers, comme ailleurs, la densité n’ira pas au-delà de 50 kg de poissons par m3 d’eau alors qu’elle atteint parfois 200 kg par m3 dans les circuits classiques », souligne Pascal Goumain, président d’AMP.
Comment adapter une telle exploitation à un environnement urbain, où l’espace est compté ? Les bassins d’élevage seraient au sol, mais les plantes pourraient s’étager sur une structure verticale. Idée soufflée par la start-up « Sous les fraises », qui utilise des méthodes high-tech pour créer des supports en hauteur, sur lesquels poussent légumes et plantes. A Paris, elle a ainsi conçu la ferme maraîchère sur le toit des Galeries Lafayette : « 1 300m2 de cultures au total, pour une surface occupée au sol de 300m2 », résume son patron Yohan Hubert.
La création de cette ferme aquaponique pourrait coûter 1,2M€. Olivier Wignolle, directeur général d’Icade, l’assure : « On est décidé à mener ce projet jusqu’au bout. Il correspond à nos engagements en matière d’économie circulaire, de biodiversité. Et à notre volonté de faire du Parc des Portes de Paris un exemple de ville intelligente. » Des discussions ont déjà été engagées avec un restaurateur local, qui pourrait utiliser les poissons et les légumes de la ferme dans ses cuisines, mais aussi devenir un point de vente pour la production maraîchère.

L’aquaponie, une pratique marginale en France

C’est une méthode ancestrale en Asie ou en Amérique centrale, mais encore peu répandue en Europe. L’aquaponie consiste à associer l’élevage de poissons à la culture de plantes ou de légumes. Si elle suscite de plus en plus d’intérêt, c’est que les plantes et des bactéries naturelles permettent de nettoyer l’eau utilisée pour l’élevage des poissons. Les déjections de ces derniers sont transformées en nitrates, qui sont, eux, consommés par les plantes.
Le système est donc économe en eau : « Il faut simplement compléter les niveaux, en fonction de l’évaporation et de ce que consomment les plantes », indique Pascal Goumain. Le système aquaponique exclut également le recours aux insecticides ou aux antibiotiques. Mais pour l’heure, cette technique est encore très marginale en France. Un programme d’études, mené par le ministère de l’Agriculture, doit déterminer si l’aquaponie peut devenir une filière à portée commerciale.